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La danse traditionnelle japonaise est un spectacle captivant qui a su traverser les siècles avec grâce et élégance. Au cœur de cette expression artistique, nous découvrons les maiko, les apprenties geisha.

Leurs kimonos aux couleurs vives, leurs coiffures élaborées et leur maquillage délicat représentent la fraîcheur de la jeunesse et la beauté éphémère.

Dans cet article, vous allez découvrir leur origine, leur univers secret et la place qu’elles tiennent dans la culture japonaise, loin des idées reçues.

Origine et présentation

Les maiko (舞妓) sont des jeunes filles, généralement âgées de 15 à 20 ans, qui dédient plusieurs années de leur vie à l’apprentissage des arts traditionnels japonais. 

Le terme maiko remonte à la période Edo (1603-1868) durant laquelle les premières geisha sont apparues. 

Leur rôle est de servir d’apprenties à leurs aînées. Auprès de ces dernières, elles étudient les arts traditionnels et perfectionnent les compétences nécessaires pour devenir des geisha à leur tour.

Formation et apprentissage

La formation des maiko est un processus complexe et exigeant qui prépare les jeunes filles à devenir des artistes accomplies dans divers arts traditionnels japonais. 

Apprentissage des arts traditionnels

La formation des maiko met l’accent sur l’apprentissage approfondi des arts traditionnels japonais. Je vous les présente.

L’importance du mai

Au cœur de la performance des maiko se trouve le mai (舞). 

Il s’agit d’un ensemble de danses, souvent exécutées avec des éventails). Elles découlent directement du théâtre nô (能, pièce dramatique mêlant chant et danse avec un texte lyrique).
Notez que l’on retrouve le kanji de “mai” dans le mot maiko :妓.

Musique traditionnelle

L’apprentissage d’instruments de musique comme le shamisen (三味線, un instrument japonais à trois cordes) fait partie intégrante de la formation. 

Les maiko apprennent à jouer des mélodies traditionnelles qui accompagnent leurs danses. Elles apprennent également des chansons.

Omotenashi, étiquette sociale et conversation

Les maiko sont également formées à l’omotenashi (hospitalité à la japonaise), à l’art de la conversation et à l’étiquette sociale. 

Elles apprennent à interagir avec les clients lors d’événements, de banquets ou d’autres occasions. 

Leur capacité à divertir les convives est aussi importante que leurs compétences artistiques.

Préparation des performances

Une partie importante de la formation des maiko consiste à préparer des performances pour des événements spéciaux, des cérémonies ou des fêtes saisonnières. 

Cela implique la maîtrise des aspects artistiques, mais aussi la compréhension des contextes culturels et des attentes des clients.

Évolution vers le statut de geisha

La période en tant que maiko varie généralement de 3 à 5 ans. Elle peut, bien entendu, être plus courte ou plus longue selon la progression individuelle de la jeune fille. 

Il n’existe pas d’examen pour devenir une geisha. C’est généralement la okaasan (voir partie suivante) qui met fin au statut de maiko. Cela dépend de la maîtrise des compétences artistiques, de la maturité personnelle de la jeune fille et de sa capacité à gérer les engagements professionnels de manière indépendante.

La cérémonie du passage de maiko à geisha se nomme erikae (襟替え) et signifie littéralement “changement de col”. 

Pour la première fois, les jeunes filles portent un kimono à manches courtes nommé tomesode (留袖). Le col de leur nagajuban (長襦袢, kimono simple faisant office de sous-vêtement) est de couleur blanche (d’où le nom de la cérémonie, puisqu’auparavant, il était rouge).
Les maiko deviennent donc des artistes qui peuvent se produire devant un public dans un ozashiki (cf. la dernière partie de l’article) ou lors de divers festivals.

Recrutement et début de la formation

Les jeunes filles aspirant à devenir maiko sont appelées shikomi (仕込み) et sont recrutées vers l’âge de 15/16 ans. Elles rejoignent alors une maison nommée okiya (置屋, “maison de geisha”) dirigée par une okaasan (お母さん, littéralement “mère”) qui s’occupe d’elles comme de ses propres filles. 

Le processus de sélection est rigoureux, et les candidates sont souvent choisies en fonction de leur apparence, de leur attitude et de leur potentiel artistique.

Il existe une période d’essai de trois mois pendant laquelle la jeune fille décide si elle veut rester ou non.

Après avoir terminé sa formation de shikomi (qui dure généralement un an), la jeune fille est promue minarai (見習い, “apprendre en observant”) pour une courte période d’un mois.

Misedashi

Avant de devenir une maiko à part entière, les jeunes filles passent par une épreuve finale appelée misedashi (店だ) qui marque la fin de leur formation intensive et le début de leur vie professionnelle.

Leur réussite est souvent célébrée non seulement au sein de l’okiya par les autres geisha et maiko, mais aussi plus largement au sein de la communauté des geisha. 

Oneesan et nouveau nom

Chaque maiko doit se choisir une oneesan (お姉さん, littéralement “grande sœur”) parmi ses aînées et dont elle deviendra, en quelque sorte, l’apprentie.

La tradition veut que l’un des kanjis (caractères chinois) de son nouveau nom se retrouve dans celui de son oneesan. La première peut s’appeler par exemple Misato 里 et la deuxième Miyuki 幸.

Apparence distinctive

Les maiko sont facilement reconnaissables par leur apparence distinctive. Après avoir lu cet article, vous ne les confondrez plus avec les geisha si vous avez la chance d’en croiser une dans les rues du quartier de Gion à Kyoto 😉​. 

Kimono

Les maiko portent un kimono furisode (振袖, “manches pendantes”), identifiable à ses manches très longues. Il est également plus coloré et extravagant que celui des geisha.

Il peut par exemple être décoré avec des fleurs de cerisier (桜, sakura) pour symboliser la beauté éphémère.

Le col de leur nagajuban (長襦袢, kimono simple faisant office de sous-vêtement) est exclusivement de couleur rouge.

Les motifs des kimonos changent au fil des saisons et des événements spéciaux.

Maiko portant un kimono furisode jaune avec des manches pendante et un obi vert.
Kimono furisode par 2630ben

Darari obi

La ceinture du kimono des maiko est appelée darari obi (だらり帯, “obi suspendu”). Elle mesure 7 mètres de long, est large et richement décorée.

Le blason de l’okiya (maison de geisha) à laquelle la maiko est affiliée est brodé dessus.
La façon dont le obi est attaché peut indiquer son statut ou le niveau de son expérience.

Obi de couleur bleue et or de maiko se promenant dans la rue.
Focus sur le obi de maiko par Lapisbleue

Okobo

Les maiko portent des okobo (おこぼ), des sandales en bois plus ou moins surélevées, qui créent un son distinctif lorsqu’elles marchent. 

Elles contribuent à l’élégance de leur démarche et ajoutent une dimension acoustique à leurs performances.

Les okobo, les sandales en bois  portées par les maiko par Gyro
Les okobo portés par les maiko par Gyro

Coiffure élaborée

Les coiffures des maiko sont élaborées et souvent ornées d’accessoires tels que des peignes décoratifs, des épingles à cheveux et des rubans. 

Elles peuvent également indiquer son statut ou son niveau d’expérience.

Wareshinobu

La coiffure wareshinobu (割れしのぶ) est l’une des coiffures de base portée par les maiko

Il s’agit d’une coiffure sophistiquée : on tire les cheveux vers le haut, on les attache en un chignon volumineux au sommet de la tête et on les noue à l’aide d’un chinkoro (ちんころ), un morceau de tissu rouge. Au centre de ce chignon, la maiko peut ajouter un ornement de cheveux élaboré appelé kanokodome (鹿の子留め).

Pour cette coiffure complexe, les maiko utilisent leurs propres cheveux et se font coiffer une fois par semaine pour les remettre en place (leurs cheveux sont graissés avec de l’huile de camélia pour les rendre brillants).

Coiffure des maiko avec un chinkoro, un kanokodome et des kanzashi.
Coiffure des maiko par Kuremo

Elles doivent dormir en utilisant un takamakura (高枕), un repose-nuque spécial pour éviter que leur coiffure ne s’écroule pendant la nuit.
Au fur et à mesure que les maiko progressent dans leur formation, leurs coiffures évoluent pour refléter leur niveau d’expérience.

Ornements

Les maiko agrémentent souvent leur coiffure d’une variété d’ornements traditionnels japonais appelés kanzashi (簪), tels que des rubans, des peignes et des épingles à cheveux…

Les hana kanzashi (花簪) sont parmi mes préférés. Ce sont de magnifiques épingles à cheveux décorées de fleurs saisonnières. Ces ornements ajoutent de la complexité et de l’élégance à la coiffure et évoluent pour s’accorder aux saisons, tout comme le kimono et le obi que portent les maiko.

Kanzashi rouge et orange pour décorer la coiffure d'une jeune Japonaie.
Kanzashi par Photoclicks

Maquillage

Comme les geisha, les maiko appliquent sur leur visage une pâte de fond de teint blanche (préalablement mélangée avec de l’eau) appelée oshiroi (白粉, poudre blanche). Elles utilisent un pinceau plat pour pouvoir bien l’étaler.

Les maiko s’en servent également pour maquiller le haut de leur dos, le haut de leur poitrine, leur cou et leurs oreilles.

Elles maquillent leur nuque avec un motif à « 2 pattes » appelé eri-ashi (襟足) ou un autre appelé sanbon-ashi (三本足) avec « 3 pattes », pour les occasions plus formelles. En utilisant le shironuri pour leur motif, elles laissent apparaître leur teint naturel. Cela crée un effet visuel frappant ! 

Selon leur ancienneté, les maiko teintent légèrement leurs sourcils et leurs yeux (uniquement en rouge ou en noir) et peignent leurs lèvres d’un rouge éclatant.

Maiko portant un kimono et un obi fleuris et ayant la nuque maquillée avec  du shironuri.
Maquillage de la nuque d’une maiko par 2630ben

Évolution de l’apparence

L’apparence des maiko évolue au fil de leur formation. Au fur et à mesure qu’elles progressent vers le statut de geisha, leur maquillage devient plus subtil, leurs coiffures moins complexes, et leurs kimonos plus sobres.

Le rôle des maiko dans la société japonaise

Ozashiki

Le ozashiki (お座敷) est une salle de réception traditionnelle de style japonais (avec des tatamis) dans un ochaya (お茶屋) c’est-à-dire un salon de thé.

C’est dans un ozashiki que les maiko et les geisha effectuent leur performance pour divertir leurs clients.

Participation à des programmes culturels

Les maiko s’impliquent également dans des programmes culturels éducatifs destinés aux visiteurs étrangers. 

Cela peut inclure des démonstrations artistiques, des sessions de photographie et des discussions sur la culture japonaise.

Leur participation à ces événements contribue à maintenir et à promouvoir les traditions culturelles japonaises, tout en offrant des occasions au public de les apprécier dans différents contextes festifs et artistiques.

Événements et festivals

Les maiko participent également à divers événements et festivals au Japon, contribuant à enrichir la culture locale et offrant des performances artistiques traditionnelles. 

En voici quelques-uns :

Gion Matsuri (祇園祭) – Kyoto

Le Gion Matsuri de Kyoto est l’un des plus grands festivals du Japon. On le célèbre vers la mi-juillet.

Les maiko et les geisha participent aux défilés colorés, aux danses traditionnelles et aux cérémonies qui animent les rues du quartier de Gion.

Hanagasa Junko Matsuri (花 笠 行列) – Kyoto

Ce festival, également à Kyoto, a lieu en été et met en valeur des danses traditionnelles avec des chapeaux fleuris. 
Les maiko peuvent être impliquées dans les performances artistiques qui font partie de ce festival.

Baikasai (梅花祭) – Kyoto

Organisé au début de février au jardin du sanctuaire Kitano Tenman-gû (北野天満宮), le festival Baikasai célèbre la floraison des pruniers.
Les maiko peuvent participer à des cérémonies de thé, des danses et d’autres activités artistiques pendant cet événement.

Hassaku (八朔) – Kyoto

Nommé d’après un terme désignant le premier jour du huitième mois de l’ancien calendrier japonais, le Hassaku est une cérémonie qui a lieu chaque 1er août à Kyoto.

Les maiko et les geishas remercient les commerçants des hanamachi du quartier de Gion qui les ont accueillies tout au long de l’année. 
Un hanamachi (花街, littéralement “ rue des fleurs”) est le nom donné aux quartiers du Japon dans lesquels vivent et exercent les maiko et les geisha.

Pour aller plus loin

Si vous voulez connaître le parcours d’une jeune maiko, je vous recommande

  • le livre très intéressant Maiko, journal d’une apprentie geisha de Koyoshi de Kyoto.
  • La jolie série Makanai, dans la cuisine des maiko sur Netflix est également très intéressante. Elle raconte le parcours de deux jeunes filles qui veulent devenir maiko. Vous y découvrirez leur apprentissage, leur vie quotidienne dans leur okiya…
  • Le beau film Mémoires d’une geisha de Rob Marshall et le roman éponyme de Yuki Inoue.
Affiche de la série "Makanai, dans la cuisine des maiko"
Affiche de la série « Makanai, dans la cuisine des maiko« 

Les maiko incarnent la persévérance et l’engagement envers l’excellence artistique. De leurs coiffures élaborées à leurs kimonos chatoyants, chaque détail révèle une histoire d’apprentissage et de passion pour leur art.

Derrière leurs danses, leurs gestes et leurs sourires mystérieux, il y a des siècles d’histoire, de transmission du savoir et de préservation d’une esthétique unique. Avec les geisha, elles sont l’un des symboles de la culture japonaise.

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4 commentaire

  1. J’ai appris beaucoup de choses grâce à ton article, merci Katell ! Et super tes recommandations, car ça m’a donné envie d’approfondir

    1. Comme toujours, merci beaucoup Alizée pour ton commentaire 😊​💗​ ! Je suis contente que tu aies apprécié mon article. Je me dis que j’ai bien fait mon travail 😉​.

  2. Article très intéressant ! Elles sont des artistes si gracieuses et inspirantes !

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire Stéphanie 🥰! Je sais que tu aimes beaucoup les maiko alors ça me fait vraiment plaisir que tu trouves mon article intéressant 😊 ! Moi aussi je trouve que ce sont des artistes gracieuses et inspirantes !

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