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Le shodō, également connu sous le nom de calligraphie japonaise, est bien plus qu’une simple écriture. C’est une forme d’art où chaque coup de pinceau trouve ses racines dans l’histoire et la culture du Japon. 

Dans cet article, vous allez découvrir son monde fascinant, ses origines, ses techniques, et son impact sur la société japonaise.

Histoire du shodō et présentation

Les racines du shodō (書道, shodō, “voie de l’écriture”) remontent à la Chine ancienne (au XIIIe siècle avant J.-C.).

Des moines bouddhistes l’ont introduit au Japon durant la période Asuka ( 飛鳥時代, Asuka-jidai, du milieu du vie siècle jusqu’à 710), en même temps que les techniques de création du papier, de l’encre et des pinceaux.

À l’époque, les membres des familles nobles régnantes ou des seigneurs féodaux devaient étudier le shodō dans le cadre de leur éducation. 

Au fil du temps, il est devenu un pilier de la culture nippone, influençant la langue, la littérature et les arts visuels. 

Il est également étroitement lié aux principes du bouddhisme zen, mettant l’accent sur la spontanéité, la simplicité et la concentration. Le shodō cherche à capturer l’essence du moment présent à travers chaque trait de pinceau, ce qui le rend unique par rapport à d’autres styles de calligraphie.
Les kanji (漢字, signes issus des caractères chinois utilisés dans la langue japonaise ) constituent la base du shodō.

Matériaux et outils

La pratique du shodō requiert une maîtrise minutieuse des outils de calligraphie japonaise suivants : 

  • papier washi (和紙, washi, papiers traditionnels japonais). Celui fabriqué à base de mûrier est généralement plus résistant que le papier ordinaire et plus apte à absorber l’encre. Il est donc idéal pour la calligraphie.
  • encres (墨 sumi) qui sont obtenues en frottant un bâton d’encre sur un bloc de pierre avec un peu d’eau. Celles d’aujourd’hui sont fabriquées à partir de suie de branches de pin. Les premières, quant à elles, étaient fabriquées à partir de minéraux naturels comme le graphite. On dit que la meilleure encre du Japon provient des montagnes proches de Suzuka et de Nara.
  • bloc de pierre (硯, suzuri) comportant un creux dans laquelle on broie l’encre. 
  • pinceau (筆, fude) en poils de cheval ou de chèvre. 
  • fine feuille de laine (下敷き, shitajiki) à placer sous la feuille de washi, ce qui égalise la pression sur le papier et protège la table en dessous.
  • presse-papiers (文鎮, bunchin) utilisés pour maintenir la feuille de papier plate et stable.

Chacun de ces outils est soigneusement choisi : en effet, dans la calligraphie japonaise, les mouvements du pinceau doivent être fluides. 

Les artistes du shodō doivent maîtriser la pression, la vitesse et l’angle de leur pinceau pour créer des traits déliés et expressifs. 

Outils pour le shodo : fude, washi et sumi par Cottonbro Studio.
Fude, washi et sumi par Cottonbro Studio

Manières de tenir le pinceau

Il existe deux techniques différentes de tenue du pinceau utilisées par les calligraphes.

Technique tankoho

Ils tiennent leur pinceau comme un crayon à l’aide du pouce, de l’index et du majeur.

Technique sokoho

Les calligraphes ajoutent leur annulaire à la technique du tanhoko.

Techniques de trait simples

Dans la calligraphie des kanji (漢字, système d’écriture japonaise utilisant des caractères chinois), on appelle les huit traits fondamentaux eiji happō (永字八法). 

Voici ces 8 traits avec leur nom chinois et leur nom japonais entre parenthèse :

  • soku : point (ten).
  • roku : coup de pinceau horizontal (yokoga).
  • do : coup de pinceau vertical (tatega).
  • teki : coup de pinceau vers le haut depuis une ligne horizontale ou verticale (hane).
  • saku : coup de pinceau rapide vers le haut et à droite (migihane).
  • ryaku : coup de pinceau vers le bas et à gauche (hidaribarai).
  • taku : coup de pinceau rapide vers le bas et à gauche (hidarihane).
  • taku (c’est le même nom en chinois) : coup de pinceau vers le bas et à droite (migibarai).

Avant que le calligraphe n’utilise l’un de ces traits, il doit le maîtriser parfaitement grâce à la pratique.

Ordre d’écriture des traits

Toutes les personnes qui étudient les kanji doivent connaître cet ordre. Il a été conçu de sorte à faciliter le tracé des caractères effectués au pinceau et à l’encre.

  • Les traits horizontaux sont écrits en premier.
  • Le texte est principalement écrit de gauche à droite et traditionnellement de haut en bas.
Exercices d'écriture de kanji par Stephen Yu
Exercices de calligraphie de kanji par Stephen Yu

Les principaux styles de shodō

Chaque style de shodō a ses propres caractéristiques distinctives et est utilisé dans des contextes spécifiques. Voici les principaux :

Kaisho 楷書

C’est le style standard que l’on apprend quand on débute la calligraphie japonaise. Il a une fonction assez similaire à celle des majuscules romaines. 

À l’origine, l’utilisation principale de l’écriture de style kaisho était de copier le Sūtra du lotus.

Certains des premiers exemples de ce style sont présents dans les inscriptions dans des temples de la période Heian (平安時代 Heian-jidai,794 à 1185). 

Gyōsho 行書

Il s’agit d’une écriture semi-cursive qui a 3 niveaux distincts de cursivité : seigyo, gyo et gyoso. Le gyōsho adopte un style plus doux et plus arrondi que le kaisho, en évitant les angles trop accentués.

Les kanji (漢字, signes issus des caractères chinois) et les hiragana (平仮名, syllabaire japonais) sont tout à fait adaptés pour ce style. Cela en fait un style d’écriture populaire. 
Le gyōsho a été employé pour créer de nombreuses œuvres au début de la période Heian.

Sōsho 草書

Il s’agit d’une écriture cursive

Ce style se compose de plusieurs traits qui se terminent par un mouvement de balayage vers le coin supérieur droit en forme de vague déferlante. 

Les premiers exemples d’écriture de style sōsho incluent des inscriptions sur du bambou et autres bandes de bois. 
Même si on ne connaît pas la date précise de son arrivée au Japon, Kūkai (空海), un moine érudit japonais renommé (fondateur de l’école bouddhiste Shingon), a rapporté de Chine des copies de textes écrits dans le style sōsho au début de la période Heian qu’il avait réalisées.

Maîtres célèbres du shodō

Des maîtres du shodō renommés comme Kūkai (空海, voir plus haut), Tachibana no Hayanari (橘 逸勢, 782-844) ou encore L’empereur Saga (嵯峨天皇, Saga Tennō, 786-842) ont laissé leur empreinte dans l’histoire de cet art. Leurs contributions ont influencé la calligraphie japonaise contemporaine et continuent d’inspirer de nouveaux artistes à ce jour.

La philosophie derrière chaque coup de pinceau

Le shodō n’est pas simplement un acte d’écriture. Il permet au calligraphe d’atteindre l’harmonie et la paix intérieure, tout comme dans le bouddhisme zen.

Signification et spiritualité

Les pratiquants du shodō forment chaque caractère calligraphié avec une précision méticuleuse. Il peut représenter des concepts abstraits tels que la beauté, la vérité, ou la nature.

Mouvements et gestes

La grâce et la fluidité imprègnent les mouvements du shodō. Chaque coup de pinceau doit capturer l’essence même du moment présent. 

Les calligraphes passent des années à perfectionner leur technique, cherchant à trouver l’harmonie entre le corps, l’esprit et le papier.

Mouvements de pinceau dans le shodō par Engin Akyurt.
Mouvements de pinceau dans le shodō par Engin Akyurt

Influence du shodō dans la culture japonaise

Bien que profondément enraciné dans la tradition, le shodō a trouvé sa place dans le monde moderne. 

Il reste aujourd’hui encore une pratique populaire parce que c’est un moyen pour les Japonais de se connecter avec leur héritage culturel.

Shodō sur des lanternes en papier allumées la nuit au sanctuaire Yasukuni de Tokyo par Mos Design.
Shodō sur des lanternes en papier au sanctuaire Yasukuni de Tokyo par Mos Design

Le shodō dans les arts

Le shodō a inspiré de nombreux artistes japonais, influençant des domaines tels que la peinture, la céramique et même la sculpture. 

Sa capacité à capturer l’essence de la beauté éphémère (chère aux Japonais qui chérissent les sakura, les cerisiers en fleur) est une source d’inspiration inépuisable pour ceux qui cherchent à exprimer leur créativité.

Une femme âgée admirant de la calligraphie japonaise au musée d'art de Tokyo par Liam Burnett-Blue.
Exposition de shodō au musée d’art de Tokyo par Liam Burnett-Blue

Le shodō dans la vie quotidienne

Les Japonais pratiquent le shodō non seulement comme un art, mais aussi comme une forme de méditation. De nombreux étudiants le considèrent comme une activité bénéfique pour la concentration et la tranquillité d’esprit.

Des calligraphes l’enseignent dans des écoles et des centres culturels, et de nombreux Japonais le pratiquent comme loisir.

La calligraphie japonaise exerce une influence significative dans de nombreux aspects de la culture japonaise. Elle est largement pratiquée dans les écoles, où elle est considérée comme une discipline essentielle pour cultiver la discipline, la patience, et la concentration. 

De plus, le shodō est souvent utilisé dans les cérémonies traditionnelles telles que les mariages, les funérailles et les célébrations du Nouvel An. 

Il est également apprécié en tant qu’art décoratif dans les maisons et les espaces publics.

Mon expérience

J’ai eu la chance de participer deux fois à une initiation au shodō. C’était dans le cadre de présentations de la culture japonaise il y a fort longtemps.

Lors de mes deux expériences, le maître calligraphe guidait ma main parce-que les mouvements de pinceaux sont assez complexes et qu’il est difficile de savoir à quel moment il faut appuyer le plus fort sur la feuille…
En plus de me guider pour l’écriture, ils me disaient de bien respirer et de me relaxer afin de profiter pleinement de ce moment de plénitude et de paix intérieure que procure le shodō.

3 feuilles de papier calligraphiées sur des portes coulissantes en bois par Shoichiro Kono.
Calligraphie sur des portes coulissantes en bois par Shoichiro Kono

Le shodō va bien au-delà d’une simple technique d’écriture artistique. On peut dire que c’est une célébration de la culture, de l’histoire et de la philosophie japonaises. 

À travers ses techniques anciennes et ses principes philosophiques, il continue d’inspirer et d’enchanter ceux qui cherchent la beauté dans l’écriture.

Ses traits élégants et la méditation silencieuse qu’offre chaque coup de pinceau est une source d’inspiration pour des amateurs du monde entier.

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4 commentaire

  1. C’est si beau ! J’aimerai aussi essayer un jour

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire Alizée 😊 ​💗!
      Si tu as l’occasion d’en faire un jour, je te le recommande 😊​ !

  2. Ça me parait si complexe ! Mais j’aimerais essayer un jour 😇

    1. Merci beaucoup Solveig pour ton commentaire 😊 ​💗!
      C’est vrai que, comme beaucoup de choses dans la culture japonaise, la calligraphie est très codifiée 😉.

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